Un équilibre du pouvoir vert en Colombie-Britannique

2017/05/15 -- Catégorie(s) : Articles signés Elizabeth, Blogues, Nouvelles, Publications
Elizabeth May
May 15, 2017

En cette époque politique où les raisons de se réjouir sont peu nombreuses, la formation du premier caucus vert en Amérique du Nord par le Parti vert de Colombie-Britannique – le cousin du Parti vert fédéral – et dans ma propre province a constitué une extraordinaire bonne nouvelle.

Les résultats de l’élection du 9 mai en Colombie-Britannique sont toujours incertains et le resteront au moins jusqu’au 24 mai. Le décompte des sièges est hasardeux puisque l’écart n’est que d’un siège entre un gouvernement libéral majoritaire ou minoritaire, et que ce siège (Courtenay-Comox) est actuellement détenu par le NPD avec une avance de neuf voix. Les règles électorales de Colombie-Britannique stipulent que les bulletins de vote postaux ne peuvent être comptés avant le 22 mai. Pour rendre les choses encore plus incertaines, un recomptage serait obligatoire si la victoire n’est que de quelques voix.

L’élection de trois leaders communautaires sous la bannière du Parti vert à la législature de la Colombie-Britannique est une chose toutefois certaine : la réélection d’Andrew Weaver, chef du Parti vert de Colombie-Britannique, l’élection d’Adam Olsen, membre de la Première Nation Tsartlip et ancien conseiller de Central Saanich, et l’élection de Sonia Furstenau, membre du conseil régional de Shawnigan Lake qui a exigé pendant plus de quatre ans la fermeture d’un site d’enfouissement toxique situé près du lac – un projet soutenu par le Parti libéral de Colombie-Britannique.

Le vote populaire ne fait aussi aucun doute. Sans les effets pervers de notre système électoral à majorité simple, les résultats de l’élection seraient évidents devant un vote populaire qui ne risque pas de changer. Les électeurs de Colombie-Britannique ont soutenu presque également les deux principaux partis avec 41 % au Parti libéral, 40 % au NPD et un 17 % sans précédent au Parti vert de Colombie-Britannique. Avec notre système électoral à majorité simple, le décompte des sièges est très différent du vote populaire. Avec 17 % du vote populaire, un système électoral proportionnel accorderait 15 sièges au Parti vert et non trois. Un système proportionnel indiquerait clairement que le gouvernement est minoritaire. Avec 40 % du vote, le Parti libéral de Christy Clark obtient presque la majorité de 44 sièges dans la législature de Colombie-Britannique qui en compte 87. Il s’agit d’une démonstration remarquable de l’absurdité du système électoral à majorité simple : 10 voix dans Courtenay-Comox pourraient donner la majorité à un parti ayant obtenu un vote minoritaire.

Il s’agit aussi d’une occasion de revoir les avantages d’un gouvernement minoritaire. L’un des meilleurs gouvernements de l’histoire canadienne a été celui de Lester B. Pearson. Pearson n’a jamais obtenu la majorité. Pourtant, grâce à un accord informel de collaboration avec le NPD, il a beaucoup apporté au Canada. C’est ce gouvernement qui a tissé la majeure partie de notre filet social – le régime universel de soins de santé, l’assurance-emploi, le régime de pension, les prêts étudiants sans intérêt – en plus de nous donner un drapeau! Sans oublier le Pacte de l’auto entre le Canada et les États-Unis.

En analysant les résultats de l’élection, il devient clair que le Parti vert de Colombie-Britannique a fait quelque chose d’extraordinaire. Un vote populaire de 17 % constitue une véritable percée dans toute démocratie ayant un système électoral à majorité simple. Comme moi, ma collègue Caroline Lucas du Parlement du Royaume-Uni est la seule élue du Parti vert. Pendant ce temps, une autre amie écologiste, la co-chef du Parti vert de Suède, Isabella Lövin, est l’adjointe du premier ministre et cinq de ses collègues du Parti vert occupent des fonctions ministérielles. L’équité du vote est importante.

Ce n’est cependant pas la première fois que les Verts détiennent l’équilibre du pouvoir. En 2010, dans un système électoral à majorité simple, le Parti vert d’Australie a réussi à gagner un siège à la chambre basse. Cet unique siège occupé par Adam Band à Melbourne a revêtu une importance capitale pour la chef Travailliste Julia Gillard qui cherchait à se bâtir une majorité parlementaire. Elle avait besoin de quelques députés indépendants, mais un accord officiel a été conclu avec le Parti vert moyennant de nombreuses concessions : reconnaissance des droits autochtones, réforme du financement électoral, lutte contre les changements climatiques et autres.

À travers le monde, les Verts ont participé à des coalitions gouvernementales dans plusieurs pays. Les Verts d’Allemagne ont fait partie d’une coalition durable avec le gouvernement du chancelier Gerhard Schröder de 1998 à 2005. Le populaire politicien Vert Joschka Fischer a été ministre des Affaires étrangères et vice-chancelier pendant cette coalition. Les Verts forment présentement des coalitions au Luxembourg et en Suède, l’ont fait récemment en Irlande et en Finlande, et l’ont déjà fait en France, en Belgique et aux Pays-Bas.

Actuellement, les partis vert et travailliste de Nouvelle-Zélande ont conclu un accord de collaboration, même s’ils se préparent à se faire la lutte aux élections de l’automne 2017. En se débarrassant du système électoral à majorité simple pour adopter la représentation proportionnelle au milieu des années 1990, la Nouvelle-Zélande s’est donné une culture politique dans laquelle les partis peuvent profiter d’une saine collaboration.

 

Les électeurs de Nouvelle-Zélande savent à l’avance que les élus verts et travaillistes sont prêts à se partager la gouvernance pour faire échec au parti de droite actuellement au pouvoir.

Le suspense de l’élection en Colombie-Britannique continuera de fasciner les Canadiens. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il s’agit d’un résultat intéressant. Mais c’est aussi une occasion de comprendre les avantages d’un gouvernement minoritaire, de reconnaître le potentiel de la représentation proportionnelle et d’accepter d’obtenir ce que l’on veut quand on vote pour ce que l’on veut. Le 9 mai a apporté de l’oxygène à une démocratie malade.

Cet article a été publié initialement dans le magazine Policy.

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