Alors que plus de trois millions d’hectares ont maintenant brûlé au Canada, que près de 1 000 feux de forêt sont actifs des provinces de l’Atlantique jusqu’en Colombie-Britannique et que des communautés entières des Premières Nations doivent fuir sans avertissement ni plan d’évacuation, le Parti vert du Canada a renouvelé et renforcé aujourd’hui un appel lancé pour la première fois il y a trois ans : le gouvernement fédéral doit créer un Groupe de travail national sur l’urgence climatique. Cette fois-ci, les verts mettent le premier ministre Mark Carney au défi d’en faire un organisme multipartite et non partisan, car l’urgence climatique dépasse tout gouvernement et tout parti politique.
Le Parti vert a proposé pour la première fois la création d’un Groupe de travail national sur l’urgence climatique en septembre 2023, immédiatement après la pire saison de feux de forêt de l’histoire du Canada. Plus de 18 millions d’hectares avaient alors brûlé, la fumée avait atteint New York et l’Europe, et plus de 200 000 personnes avaient été forcées de quitter leur domicile. Le parti avait prévenu qu’un tel organisme pourrait faire la différence entre la vie et la mort. Trois ans plus tard, cet avertissement s’est confirmé saison après saison : plus de 4,6 millions d’hectares ont brûlé en 2025, et la trajectoire de 2026 inquiète maintenant les scientifiques spécialistes des incendies, non seulement en raison de l’étendue des superficies brûlées, mais aussi de la rapidité avec laquelle la situation s’aggrave.
« Le 18 juin 2019, la Chambre des communes a adopté une motion reconnaissant que le Canada vivait une urgence climatique », a déclaré Elizabeth May, cheffe du Parti vert. « Nous avons proposé ce Groupe de travail en 2023, après une saison qui avait pulvérisé tous les records. On nous a essentiellement demandé d’attendre. Depuis, la population canadienne a traversé trois autres années de feux, d’inondations et de chaleur extrême, ainsi que des centaines de décès qui auraient pu être évités. Face à l’année la plus chaude de l’histoire du Canada, le premier ministre Carney a choisi de sabrer dans les ministères mêmes qui assurent la sécurité de la population, tout en annonçant de nouveaux oléoducs au moment même où il reconnaît l’existence de phénomènes météorologiques “bibliques”. »
Cette année, une saison qui avait commencé bien en dessous de la moyenne s’est transformée en urgence nationale en l’espace de dix jours. Le 7 juillet, la superficie brûlée représentait moins de la moitié de la moyenne des dix dernières années. Seulement dix jours et plus de 300 nouveaux incendies plus tard, elle avait complètement dépassé cette moyenne. Plus de trois millions d’hectares ont maintenant brûlé au Canada, et près de 1 000 feux sont actifs à l’échelle du pays. L’Ontario connaît la pire saison de feux de forêt de son histoire, plus de 1 600 membres des Premières Nations ont été déplacés et un pompier est mort dans le comté d’Annapolis, en Nouvelle-Écosse. Ce décès rappelle brutalement que la menace ne se limite plus aux forêts boréales de l’Ouest. Au plus fort de l’épisode de fumée, plus de 100 millions de personnes réparties dans au moins 18 États américains faisaient l’objet d’alertes sur la qualité de l’air.
Le pire pourrait être à venir. Les propres prévisions d’Environnement et Changement climatique Canada indiquent que les températures devraient demeurer supérieures à la moyenne dans une grande partie du pays jusqu’en août, tandis que des conditions sèches sont attendues dans plusieurs régions, notamment au Manitoba et dans le nord-ouest de l’Ontario. Toutes les projections scientifiques indiquent que ces saisons deviendront plus fréquentes et plus intenses à mesure que le climat se réchauffe. Des spécialistes des incendies ont qualifié 2026 de test décisif, soulignant que le Canada n’avait encore jamais connu trois années catastrophiques consécutives de feux de forêt. Ce seuil est en train d’être franchi. Ce qui était sans précédent en 2023 devient la nouvelle norme, alors que le pays continue de planifier, de budgéter et de gouverner comme si chaque catastrophe était une surprise.
Réduire les capacités en pleine crise
Plutôt que de se préparer à cet avenir de plus en plus dangereux, les gouvernements se désarment. Le gouvernement Carney a demandé à Environnement et Changement climatique Canada de réduire son budget de 43 millions de dollars en 2024-2025, de 63 millions en 2025-2026 et de 91 millions par année à compter de 2026-2027. Ces compressions atteindraient 1,3 milliard de dollars d’ici 2030 et menaceraient 840 postes à ECCC. Les syndicats de la fonction publique ont averti que les compressions à Ressources naturelles Canada décideraient des capacités de surveillance des feux de forêt et des inondations, ainsi que l’expertise sur la santé des forêts. Les compressions à ECCC cibleraient quant à elles les scientifiques, les ingénieurs et les spécialistes des politiques dont le travail soutient les prévisions météorologiques. Pendant ce temps, le premier budget du premier ministre accordait la priorité à 30 milliards de dollars en dépenses consacrées à la défense et à la sécurité.
La même tendance se répète dans les provinces. En 2025, l’Ontario avait consacré 135 millions de dollars à la lutte contre les feux de forêt, mais les coûts réels avaient atteint 271 millions de dollars à la fin de la saison. Pour 2026-2027, malgré ce bilan record, le premier ministre Doug Ford n’a prévu que 150 millions de dollars. Les pompiers de première ligne ne disposent pas des équipes et des hélicoptères nécessaires pour intervenir là où les besoins sont les plus urgents. Des communautés des Premières Nations affirment avoir été abandonnées sans avertissement, sans soutien et sans plan d’évacuation.
« Jusqu’à présent, la préparation du Canada aux catastrophes repose essentiellement sur la responsabilité individuelle. Mais à mesure que les menaces s’aggravent avec les changements climatiques, compter uniquement sur les capacités de chaque personne ne suffira plus », a déclaré le Dr Farrukh Chishtie, porte-parole du Parti vert en matière d’environnement et de changements climatiques. « On demande aux gens de se préparer à survivre de façon autonome pendant 72 heures alors que des communautés entières brûlent et que des personnes évacuées attendent pendant des semaines dans des refuges loin de chez elles. En 2023, nous avions prévenu que le Canada n’était pas prêt à affronter les catastrophes qui se produisaient déjà. Depuis, ces catastrophes se sont intensifiées exactement comme la science l’avait prédit, tandis que notre niveau de préparation a reculé. Gouverner en réagissant aux crises ne constitue pas un plan. C’est une abdication de responsabilité. »
« Regardez ce que ce gouvernement est capable d’accomplir lorsqu’il veut réellement construire quelque chose », a ajouté le Dr Chishtie. « Le 2 juillet, en pleine urgence nationale liée aux feux de forêt, le premier ministre s’est tenu aux côtés de la première ministre Smith pour annoncer un oléoduc de 35 milliards de dollars pouvant transporter un million de barils par jour. Quelques semaines plus tard, Enbridge a lancé les travaux d’agrandissement du projet Sunrise en Colombie-Britannique, la première nouvelle infrastructure pétrolière et gazière à entrer en construction sous ce gouvernement. Le premier ministre a maintenant admis que les émissions canadiennes augmenteront au cours des prochaines années. Ottawa peut réunir les provinces, les entreprises et des milliards de dollars en quelques semaines pour développer les combustibles fossiles, mais après sept années d’urgence climatique déclarée, il demeure incapable de mettre sur pied un plan national pour avertir, évacuer et protéger la population. Nous demandons au premier ministre de faire preuve de la même détermination lorsqu’il s’agit de sauver des vies. Un Groupe de travail multipartite et non partisan permettrait de sortir la survie de la population du jeu politique. »
Le mandat du Groupe de travail
Le Parti vert propose que la Chambre des communes constitue un Groupe de travail national multipartite sur l’urgence climatique. Compte tenu de la portée nationale de la menace, le gouvernement fédéral devrait en assurer la direction en collaboration avec les gouvernements provinciaux, territoriaux, municipaux et autochtones. Les voix des Premières Nations, des Inuit et des Métis doivent être intégrées dès le départ. Il s’agit d’une nécessité urgente, puisque la majorité des personnes évacuées cet été proviennent de communautés des Premières Nations. Le Groupe de travail devrait également réunir Environnement et Changement climatique Canada, Santé Canada, Sécurité publique Canada et Ressources naturelles Canada. Son mandat comprendrait les mesures suivantes :
Des systèmes d’alerte universels et adaptés aux réalités climatiques, qui ne dépendent ni des technologies mobiles ni du réseau électrique, notamment des protocoles normalisés pour les sirènes, des programmes d’éducation du public et un rôle accru pour les radioamateurs. Les services cellulaires, les lignes téléphoniques fixes et le courant électrique cessent précisément de fonctionner au moment où les alertes sont les plus nécessaires. Cet été, des Premières Nations du nord de l’Ontario n’ont reçu aucun ordre d’évacuation.
Une capacité nationale de renfort pour la lutte contre les incendies et les évacuations afin de remédier aux pénuries chroniques d’équipes, d’aéronefs et de pilotes d’avions-citernes qualifiés. Les provinces reconnaissent ces pénuries, mais n’ont pas réussi à les corriger. Il faut également mettre fin à la pratique consistant à établir les budgets en fonction des saisons de feux passées plutôt que de celles qui nous attendent.
Des évaluations de la vulnérabilité climatique et des stratégies d’adaptation pour les municipalités qui ne disposent pas des ressources financières et humaines nécessaires pour les réaliser.
Des mesures d’intervention peu coûteuses peuvent sauver des vies pendant les épisodes de chaleur extrême, notamment par la mise en commun de pratiques exemplaires comme les protocoles révisés pour les premiers intervenants en Colombie-Britannique, élaborés après le dôme de chaleur de 2021 qui a tué 619 personnes dans la province.
La protection et le rétablissement des capacités scientifiques fédérales en matière de climat, afin d’annuler les compressions qui rendent le Canada aveugle aux dangers qui s’accélèrent autour de nous.
« Il va sans dire que des mesures actives d’atténuation des changements climatiques demeurent essentielles », a déclaré le Dr Chishtie. « Le Canada doit mettre fin au développement des combustibles fossiles et aux subventions qui leur sont accordées, puis rediriger ces investissements vers les énergies renouvelables et l’adaptation. Chaque oléoduc annoncé pendant une urgence liée aux feux de forêt constitue un engagement envers de nouvelles urgences. »
« En 2023, nous avons affirmé que ce Groupe de travail sauverait des vies. Rien de ce qui s’est produit au cours des trois dernières années n’a affaibli cet argument; tout l’a renforcé », a conclu Elizabeth May. « La crise climatique nous oblige à collaborer au-delà des lignes partisanes et des compétences gouvernementales. Nous mettons le premier ministre Carney et tous les partis représentés à la Chambre au défi d’adopter cet esprit, de constituer ce Groupe de travail et de sauver des vies. La population canadienne ne peut pas se permettre une autre année de gouvernements qui traitent chaque catastrophe comme une surprise. »
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