Loi sur le Musée canadien de l’histoire (Le projet de loi C-49)

Elizabeth May : Monsieur le Président, j’avoue que je suis un peu surprise qu’il soit encore possible de prendre la parole à cette heure. Je l’ai appris il y a quelques minutes. J’ai aimé ce débat et, à cette heure tardive, j’espère qu’on me pardonnera de tenter d’égayer tout le monde en racontant une petite anecdote sur ma fille.
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Nous regardions le documentaire Le Canada: Une histoire populaire. Dans le dernier épisode — je répugne à le dire — on parlait de moi. CBC/Radio-Canada a pensé que j’étais un bon filon pour décrire les origines du mouvement écologique. Ma fille avait vu cette émission à l’école. Heureusement qu’il y a notre diffuseur d’État et ses excellentes émissions pour raconter notre histoire aux Canadiens.

À la fin du dernier épisode, ma fille s’est tournée vers moi — elle était en quatrième année à l’époque — et a dit: « Félicitations maman, tu est la première. » J’ai répondu: « Je suis la première quoi? » Elle a dit: « Tu es la première personne qui ait jamais pu se voir dans Le Canada: Une histoire populaire parce que les autres sont tous morts. »

Je pensais simplement qu’à cette heure, un peu de légèreté était de mise.

J’ai lu attentivement le projet de loi C-49 et j’ai écouté le débat, et notamment l’intervention très sincère et bien intentionnée du ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles, pour qui cette mesure correspond manifestement une vision à laquelle il tient profondément. Je pense que c’est lui qui a réussi à persuader le premier ministre de lui permettre de faire quelque chose, et j’en suis venue à croire que c’est dans l’intérêt du Canada.

J’ai tout de même des réserves, et je partage le scepticisme de mes collègues de l’opposition, mais j’en suis venue à cette conclusion. Ce musée existe, sous une forme ou sous une autre, depuis 1856. Il a su évoluer, et ce ne sera plus le Musée canadien de l’histoire dans quelques générations. Si nous remontons en 1856, c’est la Commission géologique du Canada qui y exposait ses artéfacts. Je suppose que c’était un bric-à-brac. En 1968, on a décidé de le diviser en deux sections. L’une d’elles est le Musée canadien de la nature, qui se trouve encore sur Metcalfe. L’autre a été appelée — et les femmes à la Chambre devraient bien se tenir — Musée national de l’Homme.

En 1986, on a probablement jugé que ce nom avait une connotation trop masculine. Ce n’était pas ainsi qu’on avait voulu l’appeler. Je me souviens d’un trait d’esprit d’une connaissance à moi qui siège aussi au Parlement et qui a dit espérer que, lorsque le musée allait changer de nouveau de nom, il n’allait pas s’appeler le mausolée de l’Homme. Redonnons à la femme la place qui lui revient dans l’histoire.

Quoi qu’il en soit, en 1986, le Musée national de l’Homme est devenu le Musée canadien des civilisations, et le magnifique et inspirant édifice qui se trouve de l’autre côté de la rivière, construit par l’architecte Douglas Cardinal, a été donné aux Canadiens.

Puisqu’à l’époque je vivais à Ottawa, je me souviens bien que ce fut une véritable course contre la montre jusqu’à l’ouverture du musée. Les délais étaient si serrés que l’on avait demandé à des sénateurs d’aller aider Douglas Cardinal à placer des morceaux de marbre dans les parties arrondies. En fait, c’est un édifice tout en courbe. Ma chère amie Mira Spivak, une sénatrice à la retraite, avait participé à cet effort et elle était encore à genoux après 23 heures pour terminer le travail. Compte tenu des événements actuels, certains pourraient soupçonner que ce fut la dernière vraie journée de travail des sénateurs. Quoi qu’il en soit, l’ouverture de ce musée fut spectaculaire.

J’adore la Grande galerie. Je déteste l’idée que quoi que ce soit pourrait y changer. J’adore le fait que la grande sérigraphie représentant des forêts ancestrales qui se trouve actuellement au Musée des civilisations soit en fait une photographie sérigraphiée de Windy Bay, à Gwaii Haanas, qui fait maintenant partie du parc national de Gwaii Haanas. J’aimerais que rien ne change, mais le changement n’est pas mauvais si nous pouvons utiliser les fonds supplémentaires pour veiller à ce que les expositions qui sont actuellement entreposées puissent être présentées partout au Canada.

Je vois cela comme un moyen de revigorer notre compréhension de l’histoire. Je crains fort que le gouvernement actuel ne tente de remodeler notre iconographie, c’est-à-dire la façon dont nous nous percevons, de se défaire de notre image de pays gardien de la paix et de la remplacer par une image de nation militariste. Je partage ces préoccupations, mais j’ai consulté l’article 26 de la Loi sur les musées, et j’ai constaté que le rôle du conservateur et la façon de gérer le musée sont à l’abri de l’ingérence politique. Nous devrons surveiller cela au fil du temps. Je ne le nie pas, mais je veux consigner au compte rendu des débats du Parlement sur l’adoption du musée de l’histoire qu’au moins une personne dans l’opposition a été disposée à faire un acte de foi, à suivre le ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles et a dit: « D’accord. Modernisons le musée. Mettons-le à jour. Nous aurons un Musée canadien de l’histoire. »

Remonter le temps n’a pas tellement l’air d’une mise à jour, mais imaginons un instant que c’est possible. Imaginons que nous racontons l’histoire et l’apport des femmes du Canada. Imaginons que nous faisons de même pour les néo-Canadiens au Quai 21, le musée d’Halifax. Faisons un échange d’expositions avec le Quai 21 à Halifax.

Assurons-nous de raconter l’histoire des oubliés en parlant des richesses qu’ils nous ont apportées. Rappelons-nous le rôle joué par le Canada dans le monde auparavant. J’espère que nous retrouverons notre place un jour en cherchant à faire de notre pays le meilleur pays qui soit, en reprenant les négociations avec le reste du monde sur le climat, sur la sécheresse et sur tout ce que nous avons fait au cours de l’histoire pour le développement du monde, et ainsi de suite.

Le projet de loi n’exclut pas les expositions internationales. Il ne prévoit pas que nous nous isolerons et que nous nous replierons sur nous-mêmes. Voyons si nous pouvons accepter l’idée d’un Musée canadien de l’histoire doté d’un financement permettant à l’histoire de devenir une réalité pour nos jeunes, et pas seulement pour ceux qui se rendent à Ottawa visiter le Musée des civilisations.

Je me souviens de l’inauguration du Musée des civilisations. Comme je l’ai dit, j’y étais et je me souviens qu’au début, les expositions ont été accueillies par des critiques acerbes. Les gens étaient scandalisés que l’on ait adopté la méthode Disney — je pense que c’est l’analogie employée par les critiques — pour donner aux expositions l’allure de gros jouets à manipuler, trop axés sur les enfants.

Notre façon de diffuser notre patrimoine changera. Notre façon de raconter l’histoire aussi. Si nous participons de bonne foi à cet effort, nous serons plus honnêtes dans nos récits historiques. Nous serons capables de refléter plus fidèlement la mosaïque et l’identité canadiennes.