COVID-19: « Ce ne doit pas être un moment qui nous divise »

Elizabeth May (Saanich—Gulf Islands)
2020-04-11 13:20 [p.2113]

Monsieur le Président, j’aimerais tout d’abord reconnaître que nous sommes réunis sur le territoire traditionnel non cédé du peuple algonquin.

Je remercie encore une fois le peuple algonquin de son hospitalité et de sa générosité. Meegwetch.

J’aimerais remercier tous mes collègues de me donner l’occasion de prendre la parole en cette journée si importante, parce que cela a été accepté à l’unanimité. Je les en remercie mille fois.

Je me réjouis vraiment que le Parti vert soit reconnu à la Chambre, ce qui me permet de prendre la parole dans cette enceinte alors que nous sommes réunis en cette occasion sans précédent.

J’ai été émue par le premier ministre lorsqu’il a évoqué la bataille de Vimy. Je n’avais pas prévu parler de cette bataille, mais le 9 avril de cette année, j’ai remarqué que mon mari était très déprimé et pensif. Il m’a avoué qu’il pensait à son grand-père qui, le 9 avril 1917, est tombé sous le feu des mitraillettes à Vimy. Heureusement, son grand-père a survécu car j’imagine qu’autrement, je ne serais pas mariée à mon époux. John Owen Wilson, le grand-père en question a survécu et est rentré en Colombie-Britannique où il est devenu juge en chef de la Cour suprême de la province. Néanmoins, nous n’avons pas oublié les sacrifices consentis lors de la bataille de Vimy. Nous n’avons pas non plus oublié le courage et la solidarité des générations qui nous ont précédés.

Dernièrement, je me suis dit que, en tant que baby-boomer née en 1954, je fais partie de la dernière génération de personnes qui se souviennent de cette époque de solidarité et de sacrifices. Je n’ai pas connu la guerre ni la dépression, mais mes parents, oui. Les histoires que nous ont racontées nos familles font partie de notre identité; elles nous ont inculqué l’idée que le gouvernement est là pour intervenir et pour nous soutenir. Je crois que les années de néolibéralisme nous ont fait croire que le gouvernement ne fait que nous nuire et prendre de l’argent dans nos poches. Je suis vraiment rassurée en pensant que, d’une certaine manière, la solidarité sociale dont nous sommes témoins en cette période de pandémie nous permettra de constater que ce sont des gens qui font partie de leur gouvernement, que leurs institutions démocratiques travaillent pour eux. J’espère que nous retiendrons cette leçon pendant longtemps.

J’aimerais exprimer ma profonde gratitude à l’égard de la façon dont nous collaborons ici. Le Parlement fonctionne bien, même lorsque nous devons travailler à distance. Je tiens à remercier le premier ministre, la vice-première ministre et de nombreux autres ministres de se montrer réceptifs aux idées et aux préoccupations de l’opposition.

Je vais donner aux Canadiens un aperçu des dernières semaines pendant lesquelles il a fallu travailler sans arrêt et à toute heure à partir de la maison. Bien des Canadiens ne peuvent pas s’imaginer que nous puissions demander n’importe quoi, tous les jours, même les samedis et les dimanches, même à 1 h 30, heure de la Colombie-Britannique, ou à 4 h 30, heure d’Ottawa. À mon avis, c’est ainsi que les idées ont pu aller de l’avant. Il est tout à fait vrai que bien des mesures que nous voulions n’étaient pas dans le premier projet de loi, le projet de loi C-13. Il est tout à fait exact que les verts, comme d’autres, ont dit qu’il faudrait une subvention salariale non pas de 10 %, mais de 75 %. Nous avons défendu cette idée, et des exemples précis ont été fournis.

Nous avons ces périodes de questions quotidiennes. Je sais que nous ne parvenons pas tous à y participer chaque jour. Certains d’entre nous réussissent mieux que d’autres. Le député de Carleton s’en tire bien, et moi aussi d’ailleurs. Nous composons *1 et nous tentons notre chance. Nous faisons de notre mieux pour poser nos questions. Dans mon esprit, c’est ainsi que cela fonctionne. Par exemple, Monseigneur McMenamie a communiqué avec moi. L’Église anglicane a des églises distinctes sur l’île de Vancouver et chacune est enregistrée sous un numéro différent auprès de l’Agence du revenu du Canada. Or, l’employeur est le même. Comment le critère d’une diminution de 30 % des revenus comparativement à la période de référence donnée s’applique-t-il dans un tel cas? J’ai donc posé la question à notre période de questions quotidienne. À la lecture de la plus récente version du projet de loi, je constate aujourd’hui que l’on a redéfini la notion d’« entité » et qu’elle englobe maintenant les cas inusités tels que celui du diocèse anglican. Je ne suis probablement pas la seule députée à avoir posé une colle aux hauts fonctionnaires de Finances Canada qui sont au téléphone avec nous jour après jour. Toutefois, quand je regarde le projet de loi, je constate que ma question a permis de colmater une faille.

C’est ce que j’entends de la part des ministres. Ils nous invitent à leur signaler les préoccupations et les lacunes que nous décelons parce que, partout au Canada, les députés sont les yeux et les oreilles du gouvernement sur le terrain, et nous pouvons lui dire, malgré tout le respect que nous lui devons, qu’aucune des mesures en place en ce moment ne fonctionne pour les petites entreprises.

Je suis horrifiée à l’idée de voir de nombreuses très petites entreprises, des entreprises saisonnières, des restaurants et j’en passe fermer leurs portes malgré la subvention salariale. Cependant, j’étais rassurée de constater dans la motion demandant le consentement unanime, que j’ai pu lire avant d’arriver à la Chambre, qu’on demande au gouvernement de mettre en œuvre à court terme des mesures de soutien destinées aux petites et moyennes entreprises « qui seront en partie non-remboursables, avec pour premier objectif d’assurer le maintien des emplois et réduire leur endettement relatif aux coûts fixes ». Ce que les propriétaires de petites entreprises me disent, c’est qu’ils n’ont pas les moyens de payer leur loyer et que la subvention salariale ne les aide pas sur ce front.

Sans vouloir être exagérément optimiste face aux circonstances, je tiens à souligner que je trouve très important que les différents députés, l’opposition et les libéraux aient su unir leurs voix pour dire: « Il y a un problème. Trop de gens comme les étudiants et les travailleurs de l’économie des petits boulots ne sont pas admissibles à la Prestation canadienne d’urgence. Comment allons-nous régler ce problème? »

La motion demandant le consentement unanime présentée aujourd’hui affirme que les mesures seront mises en œuvre sans tarder. Je crois que l’expression « sans tarder » correspond à ce que le député de Burnaby-Sud a dit et maintenant, aujourd’hui, nous affirmons que tout le monde peut faire une demande. Le libellé ne laisse pas entendre que le gouvernement nous dit: « C’est bon, nous avons la solution parfaite. Arrêtez de nous en parler. » Ce qu’on comprend à écouter les différents ministres qui prennent la parole, c’est que le gouvernement nous dit: « Nous apprenons. Nous déployons tous les efforts possibles ».

Je tiens à dire que le ministre des Affaires étrangères et son secrétaire parlementaire se sont mis à ma disposition pratiquement 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pour m’aider à rapatrier une cinquantaine de nos concitoyens. Je travaille encore sur le rapatriement d’une dizaine d’entre eux, notamment — comme le secrétaire parlementaire le sait bien — un qui est coincé à Vanuatu.

Je veux que les Canadiens le sachent: tout le monde se sent mobilisé. Nous faisons tous partie d’Équipe Canada et nous sommes unis dans un esprit non partisan pour faire face à ce problème qui nous concerne tous. À mon avis, rien ne l’illustre mieux que les relations très amicales qui se sont récemment nouées entre le premier ministre de l’Ontario et la vice-première ministre. Je pense que les deux ont su se montrer à la hauteur pour s’attaquer à une situation qui nous met tous à risque. Nous sommes conscients que la mort nous guette. Nous pensons à porter des masques. J’ai des lingettes Lysol ici, sous mon pupitre. Nous sommes toujours vigilants, mais nous travaillons ensemble parce que nous sommes Canadiens. Cette crise ne doit pas nous diviser. Nous devons nous le rappeler, et changer la façon dont nous travaillerons à l’avenir.

Bien sûr, je tiens toujours à l’idée d’un revenu de subsistance garanti. Nous continuerons à le réclamer. Bien sûr, je tiens à souligner que nous devrons bientôt établir de nouveaux objectifs en matière de lutte contre les changements climatiques pour faire face à un désastre imminent bien pire que la COVID-19, qui va encore coûter davantage de vies, voire anéantir la civilisation. Il est impossible de s’en occuper plus tard.

Cela dit, je veux maintenant saluer l’esprit de collaboration qui prévaut en ce moment. Le premier ministre a souligné que les pratiques religieuses sont nombreuses en cette période de l’année. C’est la Pâque juive. Je souhaite une joyeuse Pâque juive à mes amis juifs et à leur famille. On célébrera aussi le Vaisakhi bientôt. Dans quelques semaines, mes amis musulmans observeront le ramadan, une période de jeûne et de réflexion. Je sors tout juste du carême qui est aussi une période de jeûne et de réflexion.

Le fait que nous soyons ici aujourd’hui en dit long sur le caractère sans précédent de la crise actuelle. Selon la recherche que j’ai pu mener à partir de la maison et toute l’information que j’ai pu glaner sur l’histoire constitutionnelle et parlementaire, le Parlement du Canada n’avait encore jamais siégé un Samedi saint. Le Vendredi saint était considéré comme sacré, surtout par les générations précédentes. L’idée de se réunir pendant la fin de semaine de Pâques était complètement saugrenue. Pourtant, nous sommes ici aujourd’hui en raison de cette crise.

D’après l’horloge, je pense que les premières lueurs de l’aube se lèveront sur Jérusalem dans 10 heures environ, et argenteront les murs de la basilique du Saint-Sépulcre. Cette dernière a été construite à l’endroit de la grotte où le corps de Jésus Christ aurait été enveloppé et placé dans un tombeau, et dont une grande pierre recouvrait l’entrée. Dans une dizaine d’heures, à l’aube, ce sera le moment de se souvenir de nos histoires, de nos traditions et de notre foi. Il s’agit de la journée la plus significative, profonde et importante du calendrier chrétien, à savoir celle de la résurrection du Christ: ceux qui l’aimaient, comme Marie et d’autres, s’étaient présentés au lieu de repos pour constater que la pierre avait été déplacée à côté de l’entrée du sépulcre et s’étaient dit que le corps avait été volé. Or, des anges sont descendus, puis Jésus, vêtu comme un jardinier, est apparu et a dit « Non, il est ressuscité ».

En cette période où nous sommes souvent confrontés à la mort et où nous nous inquiétons de notre propre mortalité et de celle de nos êtres chers, il est facile de penser aux choses les plus importantes. Lorsque nous aurons traversé cette crise, nous saurons que nous sommes capables de survivre, que nous pouvons défier la mort, que nous pouvons compter sur notre prochain, que nous pouvons agir par amour pour les autres et pour nos collectivités et que nous sommes en mesure de nous souvenir de ce qui compte vraiment. Maintenant, lorsque je vois mes petits-enfants lors de réunions sur Zoom, je me dis que je donnerais tout pour les serrer dans mes bras.

J’aime m’imaginer que nos vies seront profondément transformées par la situation que nous vivons. En effet, pour la toute première fois de notre vie, les gouvernements du monde entier ont décidé sans hésitation que la vie est plus importante que l’argent. Ils ont délibérément et volontairement paralysé leur économie pour sauver des vies. Nous, les législateurs et les décideurs politiques, avons délibérément accepté le défi que représente la reprise économique parce que nous n’avons pas hésité à reconnaître qu’il est plus important de sauver des vies que de faire de l’argent.

J’espère du fond du coeur que nous arriverons à vaincre la pandémie avec des pertes de vie aussi faibles que possible au Canada et ailleurs dans le monde. Je m’inquiète en particulier pour les pays qui n’offrent pas de soins de santé de base. Nous ne devons pas oublier nos obligations envers les plus pauvres, comme nous ne devons pas oublier nos obligations envers les peuples autochtones du Canada ni envers les personnes marginalisées et les sans-abri. Une fois que nous aurons surmonté la pandémie ensemble, nous devrons nous rappeler qu’elle nous aura permis de découvrir ce qui compte vraiment.