Elizabeth May (Saanich—Gulf Islands)
2020-09-24 10:21 [p.27]
Je vous remercie, monsieur le Président. Je remercie également tous mes collègues.
C’est un grand honneur pour moi de prendre la parole pour rendre hommage à mon ami, John Turner.
De toute évidence, je fais partie d’une autre génération, et, pour ceux qui me soupçonnent d’avoir changé d’allégeance, je précise que si je porte du rouge aujourd’hui, c’est en hommage à John Turner. J’ignore pourquoi j’ai eu la chance d’être jugée digne de faire partie des rares députés de l’opposition à avoir été invités à son 90e anniversaire, le 10 juin de l’année dernière, qui, selon moi, passera à l’histoire comme étant un événement extraordinaire.
Les réflexions livrées par John Turner lors de son 90e anniversaire n’étaient pas celles d’un homme qui était en décalage avec la société, qui n’était pas à l’écoute ou qui se contentait de ruminer le passé: son discours se voulait un appel à l’action au nom de la démocratie. Jusqu’à ses derniers jours, il a contribué à l’essor du pays. Il aimait passionnément le Canada. Gardons-nous d’ailleurs de sous-estimer ses contributions au pays. Quand il était ministre de la Justice, il nous a donné l’aide juridique. Il disait que tout le monde devait avoir accès à la justice, que tout le monde avait droit à une défense. C’est aussi lui qui a fait le premier pas sur la très longue route vers la reconnaissance des droits de la communauté LGBTQ en modifiant le Code criminel de façon à décriminaliser les relations sexuelles entre personnes de même sexe au Canada.
Il a accompli beaucoup de choses et, lors de cette fête d’anniversaire, comme on l’a mentionné, de nombreuses personnes l’ont célébré en évoquant ses réalisations: Brian Mulroney, par vidéo, ainsi que d’autres anciens premiers ministres qui étaient là, dont le très honorable Joe Clark, qui a prononcé un discours magistral, et les très honorables Paul Martin et Jean Chrétien. Quelle soirée extraordinaire.
Je veux offrir mes condoléances à Geills, à Elizabeth, à sa petite-fille Fiona ainsi qu’à mes chers amis Laura et David Kilgour, des membres de la famille du parfait exemple d’un grand Canadien. C’est ce qu’était John Turner: un grand Canadien.
Au lieu de passer plus de temps à parler de ce que je connais de lui, je soulignerai qu’il a lutté bec et ongles contre l’établissement du Cabinet du premier ministre en tant qu’entité ayant un poids important. Il travaillait pour le père du premier ministre actuel. Tom Axworthy a d’ailleurs raconté, c’est bien connu, qu’alors qu’il travaillait pour le premier ministre Pierre Elliott Trudeau, John Turner, qui était ministre des Finances à l’époque, lui avait confié un message. John Turner lui avait dit: « Retourne là-bas et dis au patron que je n’ai pas besoin que le Cabinet du premier ministre m’envoie un bureaucrate en herbe pour me dire quoi faire. » Quelle époque! Il a fallu un certain temps.
J’aimerais terminer en rappelant une chose que John Turner a dite le jour de son anniversaire. C’est ce qui résume le mieux sa pensée quand il affirmait que la démocratie n’est pas le fruit du hasard, comme le rappelait le premier ministre. M. Turner a alors répété une chose qu’il disait souvent:
Je n’aime pas dire d’un député qu’il est « d’arrière-ban ». Les députés sont au cœur même du fonctionnement de la Chambre des communes. Ma réflexion est inspirée de la Magna Carta, c’est-à-dire l’un des plus grands ouvrages démocratiques de tous les temps. Écrite en 1215, la Magna Carta jette les bases de la démocratie en Grande-Bretagne et, partant, dans le reste du monde.
Il a poursuivi sa réflexion sur la Magna Carta, sur l’importance du vote et sur le fait que le gouvernement doit être formé d’élus, avant d’ajouter ceci:
C’est tellement différent de nos jours; les premiers ministres — et j’insiste ici sur le pluriel, afin que personne ne se sente visé plus qu’un autre — agissent d’une manière que je peux seulement qualifier d’unilatérale.
À mes yeux, le principe selon lequel le peuple dirige le peuple est le plus important de tous en démocratie. Nous devons le considérer comme sacro-saint […] dès qu’il est question de débats et d’opinion publique.
[…] la démocratie n’est pas le fruit du hasard.
Je remercie John Turner de nous avoir sans cesse rappelé que nous devons apporter notre pierre à la société. Fervent catholique, il a mené sa vie selon les principes de la foi. Il avait compris que ce que nous faisons aux autres pouvait nous être fait à notre tour et que nous avons des devoirs envers la grande famille humaine.
Puisse-t-il jouir de son repos éternel. Que la lumière brille toujours sur lui. Qu’il repose en paix.