Elizabeth May réagit à l’assassinat de George Floyd et commente le racisme au Canada

Elizabeth May (Saanich—Gulf Islands)
2020-06-02 12:31

Merci, monsieur le président.

C’est en effet une journée difficile. C’est une semaine difficile. Ces dernières semaines ont été difficiles.

Je me tiens ici et je veux commencer par reconnaître que nous nous trouvons tous sur le territoire traditionnel des peuples algonquins, et dire à nouveau meegwetch, un jour comme celui-ci où nous abordons une question vraiment douloureuse qui dépasse la partisanerie et qui devrait nous unir en tant que personnes qui disent ne pas pouvoir tolérer le racisme, pas dans ce pays. Mais nous savons que ce problème existe chez nous.

Comme le premier ministre vient de le dire,
« Le racisme n’a jamais sa place chez nous ».

Mais nous savons qu’il est là et nous savons qu’il vit parmi nous.

Au cours de cette pandémie, nous sommes confrontés à deux virus dangereux et invisibles. L’un est la COVID-19 et l’autre, que nous avons toléré bien trop longtemps, est la haine raciale, le discours haineux et le racisme contre les Noirs. Oui, la vie des Noirs est importante. Je ne veux rien faire d’autre que de le scander ici, jusqu’à ce que nous soyons tous unis pour dire: « La vie des Noirs est importante ».

« Le meurtre de George Floyd nous rappelle exactement ce que mon collègue du Bloc Québécois a affirmé:
« George Floyd n’est pas une victime du racisme; il est une victime de plus du racisme. »

Il y a victime sur victime, sur victime.

Ces victimes ont un nom. Nous ne devons pas oublier leurs noms.

La première fois qu’un Noir est mort en prononçant les mots « je ne peux pas respirer » remonte à 2014, et cet homme s’appelait Eric Garner. Sa mère a été interviewée cette semaine. Imaginez ce qu’elle doit traverser en ce moment parce qu’une vidéo montre que George Floyd est également mort en disant « je ne peux pas respirer », et les gens qui l’empêchaient de respirer, ses meurtriers, étaient des policiers. Dans le cas d’Eric Garner, les policiers ont été licenciés, mais n’ont jamais fait face à des accusations. Dans le cas du meurtre de George Floyd, des accusations ont été portées contre au moins un de ses meurtriers, mais cela n’atténue en rien la douleur et, comme mon collègue du NPD l’a déclaré, cela n’étanche pas non plus la soif de justice, parce que c’est ce que les gens réclament. Ils réclament que justice soit faite.

Les noms ne cessent de défiler. Il a fallu que j’effectue une recherche parce que je me demandais quand ce pauvre jeune homme qui joggait avait été assassiné par un père et son fils qui le pourchassaient à bord d’une camionnette. Il a été tué en février par un policier à la retraite et son fils qui se promenaient en camionnette. Breonna Taylor de Louisville a été assassinée dans sa propre maison par des policiers qui croyaient qu’elle cachait des drogues. Ils ont fouillé sa maison, mais n’en ont pas trouvé.
Bon sang, qu’est-ce qui permet que cela survienne encore et encore?

J’ai consulté un site appelé « Just Security », et j’ai pensé que les paroles de la journaliste Mia Bloom, qui se trouve à être canadienne, étaient plutôt claires en ce qui concerne les facteurs de risque qui mettent votre vie en péril aux États-Unis d’Amérique, mais aussi Canada: « conduire en état de négritude, jogger en état de négritude, faire des reportages en état de négritude, observer des oiseaux en état de négritude ou vendre de la limonade en état de négritude » peut vous coûter la vie.

Beaucoup trop souvent, les tueurs portent des uniformes. Je tiens à revenir sur les paroles « faire des reportages en état de négritude », car c’est un autre aspect que nous avons observé au cours des quatre derniers jours et que nous n’avions jamais vu auparavant, c’est-à-dire le ciblage délibéré de journalistes par la police. Plus de 100 journalistes ont été blessés aux États-Unis au cours des quatre derniers jours, et une femme a perdu un œil. Ces blessures sont graves. Parfois, des journalistes se mettent en travers d’émeutes ou d’autres événements, mais ce qui se passe en ce moment est différent. C’est une tout autre chose.

Il semble que, lorsque nous faisons des discours ou prononçons de belles paroles pour dénoncer le racisme à la Chambre, nous le faisons dans le cadre d’un genre de cycle. Après le meurtre de Colten Boushie, nous avons parlé du racisme contre les Autochtones. Nous avons discuté de la menace qui pèse sur nos frères et sœurs autochtones partout au pays, lesquels affrontent eux aussi le racisme quotidiennement. Nous avons parlé du fait que les Autochtones sont représentés dans nos prisons d’une façon disproportionnée.

Il y a à peine une journée, on a publié le rapport sur la mort de Dale Culver à Prince George, aux mains d’agents de la GRC de Prince George. Ce jeune Autochtone était âgé de 35 ans, et il a été aspergé de gaz poivré jusqu’à ce qu’il ne puisse plus respirer. Dans cette affaire, des accusations seront portées. Voilà la recommandation qui vient d’être émise.
Nous traversons des périodes séquentielles pendant lesquelles nous pouvons soutenir que l’islamophobie n’est pas acceptable. Six musulmans ont été assassinés pendant qu’ils priaient à Québec. Nous pouvons tous prendre la parole pour dire que nous dénonçons l’islamophobie ou pour dénoncer la violence faite aux transgenres qui sont assassinés.

Nous dénonçons l’antisémitisme lorsque nous voyons des graffitis gribouillés sur la porte de la maison d’un rabbin d’Ottawa. Nous le dénonçons, mais pouvons-nous nous attaquer aux causes profondes de l’antisémitisme?

Comme l’honorable chef du Parti conservateur l’a mentionné, dernièrement, nous remarquons une montée du racisme anti-asiatique.

Nous voyons tout cela se produire, et nous voulons être de bons alliés. Nous voulons être un bon allié de la famille de Regis Korchinski-Paquet.

Je suis une femme privilégiée, et je dois ce privilège à un hasard de naissance. Je suis né de parents blancs, et j’ai le privilège d’être blanche.

Nous devons étudier notre privilège. Nous devons reconnaître ce privilège et, comme le premier ministre l’a dit, nous devons admettre que nous ne sommes pas parfaits. Toutefois, cela ne nous autorise pas à ignorer que nous devons prendre la parole et dénoncer les injustices.

Je suis assise très près de mon collègue, notre ministre Ahmed Hussen — je prononce votre nom à voix haute, mais vos gazouillis m’ont émue aux larmes. Cet homme bien fait face à du racisme dans sa propre circonscription, et des gens se détournent de ses trois beaux garçons noirs, serrent leurs sacs à main ou s’inquiètent légèrement lorsque des enfants sont aux alentours. Cela ressemble exactement à ce que le premier ministre vient de qualifier de « microaggressions », que bon nombre d’entre nous peuvent ne même pas remarquer.

Nous pouvons examiner notre propre conduite et notre propre comportement et, pendant que nous observons tous ces événements qui surviennent et que nous nous demandons ce que nous pouvons faire à ce sujet, je tiens à dire que, lorsque nous voyons un tourmenteur ou lorsque nous entendons un discours haineux, nous devons prendre la parole. Nous devons nous exprimer et signaler le fait que le président des États-Unis fomente la haine et la violence. Il est honteux et choquant que le président saisisse une bible, puis qu’il demande que des gaz lacrymogènes soient utilisés pour déplacer des personnes qui manifestaient paisiblement sur une rue de Washington afin qu’il puisse poser avec une bible devant une église épiscopale.

L’évêque de l’Église épiscopale de Washington a fait la déclaration suivante, parce qu’elle est une bonne alliée:
Nous n’appuyons nullement la façon incendiaire dont le président a réagi à une nation blessée et endeuillée. Par souci de fidélité envers notre Sauveur qui a mené une vie non violente et qui a fait preuve d’un amour altruiste, nous nous rallions à ceux qui demandent justice pour la mort de George Floyd.

Voilà ce que nous devons faire à la Chambre. Nous devons reconnaître les injustices et demander justice pour les femmes et les filles autochtones assassinées ou disparues, pendant que le rapport portant sur ces femmes traîne toujours un an plus tard.

Nous devons défendre la justice, et nous devons étudier un fait très inquiétant. En 2006, le FBI des États-Unis a prévenu les Américains que des groupes suprémacistes blancs ciblaient des services de police et que certains de leurs membres entraient au service de ces organisations. Si nous cherchons à agir réellement et à déterminer les mesures que nous pouvons prendre à la Chambre, je demande que nous lancions une enquête et un examen visant à éradiquer les groupes suprémacistes blancs au Canada, et à les désigner tels qu’ils sont vraiment, c’est-à-dire une menace terroriste au sein de notre société. Nous devons nous assurer que leurs membres ne font pas partie de nos services de police, car s’il y a quelque chose de plus effrayant qu’un suprémaciste blanc qui porte une arme à feu, c’est un suprémaciste blanc en uniforme qui porte une arme à feu.

Demandons à Dieu de permettre qu’il y ait des mesures que nous puissions prendre. Demandons à Dieu de permettre que nous nous aimions les uns les autres et que nous prenions soin les uns des autres, quelle que soit la couleur de notre peau. Prions pour les États-Unis d’Amérique. C’est un pays qui est en train de se déchirer, et cette déchirure est le fait de gens qui, en ce moment, devraient consoler les Américains, les diriger et les inspirer.

Priez. Priez pour le Canada. Priez pour chacun de nos magnifiques bambins noirs de sexe féminin et masculin, pour les magnifiques bambins autochtones de sexe féminin et masculin et pour les enfants asiatiques. Où que vous regardiez, portez-vous à la rencontre des gens et soyez un bon allié. Prenez la parole, et déclarez: « Je vais faire un bouclier de mon corps pour vous protéger contre les policiers ». Nous devons être de bons alliés. En ce moment, nous ne faisons que prononcer de belles paroles.

Je vous remercie de votre attention.