La meilleure façon de soutenir l’Ukraine est d’abandonner les combustibles fossiles

Elizabeth May (Saanich—Gulf Islands)
2022-04-25 19:12

Monsieur le Président, c’est un honneur d’intervenir à la Chambre pendant le débat d’ajournement pour poser une question que j’ai posée il n’y a pas si longtemps en fait, soit le 24 mars dernier. Elle portait sur un sujet dont il a souvent été question à la Chambre, surtout dans le cadre de motions de l’opposition. Elle porte sur l’idée que le Canada peut en faire plus pour l’Ukraine en produisant et en exportant davantage de combustibles fossiles. Il y a plusieurs faussetés dans cette proposition.

En mars, ma question s’adressait aux banquettes ministérielles en général. C’est la secrétaire parlementaire du ministre des Ressources naturelles qui avait répondu. J’avais dit que l’idée selon laquelle il nous fallait davantage de pipelines était malavisée et que rien ne l’étayait. Quand j’ai posé ma question, j’ai fait remarquer que l’Agence internationale de l’énergie, qui est manifestement experte en matière d’approvisionnement, de prix et de durabilité des ressources énergétiques, avait recommandé qu’on réduise la consommation de pétrole de 2,7 millions de barils par jour. Ces 2,7 millions de barils par jour permettraient de réduire la demande au sein de l’Union européenne. Il existe aussi d’autres solutions très simples. J’en ai mentionné certaines, qui se trouvent dans le plan en 10 étapes, et demandé si le Canada envisageait de se joindre à l’Union européenne afin de mettre en œuvre ce plan en 10 étapes.

La secrétaire parlementaire, celle qui est aussi députée de Toronto—Danforth, car il y a deux secrétaires parlementaires du ministre de l’Environnement, a réagi de façon très positive et a dit qu’ils y pensaient, mais sans préciser ce que nous pourrions faire. Voilà pourquoi je souhaitais revenir sur cette question pendant le débat d’ajournement.

Le monde entier porte beaucoup d’attention aux nombreux propos qu’a tenus le président Volodimir Zelenski depuis le début de l’attaque cruelle et vicieuse que mène la Russie contre son pays. Par contre, il ne porte pas vraiment attention à ce que dit le président à propos de la crise climatique et de son engagement envers la lutte aux changements climatiques. Autrement dit, quand quelqu’un dit, au Canada, qu’il nous faut plus de pipelines et qu’il faut produire plus de pétrole et plus de gaz pour aider l’Ukraine, il faut savoir que ce n’est pas ce que le président ukrainien Volodimir Zelenski, ce leader au courage extraordinaire, dit.

En fait, le 29 mars, alors que la guerre faisait rage depuis un mois, tout juste après qu’il s’est adressé à notre Parlement sur Zoom, le président Zelenski s’est aussi adressé au Parlement du Danemark. Il a fait des déclarations qui, à mon avis, méritent d’être soulignées afin d’être examinées par le Parlement canadien. Quand il s’est adressé au Parlement danois, le président Zelenski a déclaré ceci: « L’agression de la Russie contre l’Ukraine et contre tous les fondements de la vie en Europe est un argument en faveur de l’accélération de l’écologisation sur le continent. » Il a par la suite ajouté: « […] bien avant cette guerre, il était évident que l’humanité devait réduire l’utilisation des combustibles fossiles. L’ère du charbon et du pétrole a causé des dommages considérables à […] notre planète toute entière. Les technologies vertes et l’énergie verte constituent maintenant la réponse logique et équitable à ce défi. »

Si l’Union européenne comprend ce qu’il faut faire, si l’Agence internationale de l’énergie comprend ce qu’il faut faire, si le gouvernement de l’Ukraine comprend ce qu’il faut faire, tout comme le gouvernement de l’Allemagne, pourquoi le gouvernement du Canada ne parvient-il pas à comprendre que, dans le contexte de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la meilleure manière de soutenir l’Ukraine et le président Zelenski est de cesser d’utiliser les combustibles fossiles le plus rapidement possible? Autrement dit, fini le pétrole russe, fini le pétrole tout court.