Le gouvernement ne fait pas face à la crise climatique

Elizabeth May (Saanich—Gulf Islands)
2021-06-03 20:16 [p.7954]

Madame la Présidente, je suis honorée de prendre la parole par vidéoconférence ce soir dans le cadre du débat d’ajournement au sujet d’une question que j’ai initialement posée le 15 avril dernier.

Les personnes qui suivent de près le dossier des changements climatiques et qui voient nos occasions de prendre les mesures qui s’imposent s’amenuiser rapidement, alors que le temps passe et que nos émissions continuent d’augmenter, se souviendront du sommet sur le climat du président Joe Biden, lequel s’est déroulé par vidéoconférence le 22 avril dernier et auquel ont participé des dirigeants d’une quarantaine de pays.

Le 15 avril, j’ai d’abord fait remarquer que, selon des rapports récents, nos émissions augmentaient toujours au moment où la pandémie de COVID-19 a frappé. J’ai ensuite signalé qu’un rapport d’un organe de presse appelé The Breach nous a appris que, pendant la pandémie de COVID-19, le Cabinet avait formé un comité spécial regroupant de hauts fonctionnaires du ministère des Ressources naturelles, du ministère des Finances, du ministère de l’Environnement et d’autres ministères dans le but d’aider le secteur pétrolier et gazier. Enfin, j’ai souligné que nos subventions aux combustibles fossiles continuaient d’augmenter.

La réponse du ministre était que le Canada présenterait sous peu une nouvelle cible de lutte contre les changements climatiques. Je reviens à la question fondamentale concernant la nouvelle cible, qui n’est maintenant plus si nouvelle que cela. Depuis 2015, le gouvernement libéral proclame que le Canada est de retour et comprend nettement que les changements climatiques constituent un problème réel. A-t-il véritablement saisi les preuves scientifiques? C’est ma principale question.

Je répète que, même si le gouvernement a de bonnes intentions, il ne semble pas comprendre que nous devons nous en tenir à une hausse planétaire moyenne d’au plus 1,5 degré Celsius par rapport à la température planétaire moyenne de l’époque de la révolution industrielle. Si nous dépassons cette limite parce que nous refusons de mettre en place des cibles rigoureuses, il sera trop tard. Nous ne pourrons plus faire marche arrière pour remédier à la situation.
Grâce au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat et à son rapport spécial sur le réchauffement planétaire de 1,5 degré Celsius, publié en octobre 2018, nous savons que, si la communauté mondiale ne déplace pas des montagnes au cours des dix prochaines années, il sera trop tard.
Dans son livre intitulé Values, Mark Carney explique l’importance de comprendre les budgets carbone. À la page 273, il écrit ceci:

Si nous avions commencé en l’an 2000, nous aurions pu atteindre la cible de 1,5°C en réduisant nos émissions de moitié tous les 30 ans. Aujourd’hui, nous devons réduire nos émissions de moitié tous les 10 ans. Si nous attendons encore quatre ans, nous devrons réduire nos émissions de moitié tous les ans. Si nous attendons encore huit ans, notre budget carbone de 1,5°C sera épuisé.

Le premier ministre a assisté au sommet de Biden. Il a annoncé une nouvelle cible et a proclamé qu’elle était ambitieuse. Elle ne l’est pas. Elle ne répond pas aux exigences de la science, pas plus que le projet de loi C-12, dont le comité de l’environnement débat actuellement. Ils ont de bonnes intentions, une excellente couverture médiatique et de bonnes relations publiques, mais ils ne font pas le nécessaire.

Il y a quelques années, j’ai défilé avec ma fille dans les rues de New York à l’approche de la COP, avant l’Accord de Paris. Alors que nous marchions, j’ai vu une pancarte qui disait qu’il est temps d’arrêter de débattre de ce qui est possible et de commencer à faire ce qui est nécessaire.

Nous devons annuler le projet de pipeline Trans Mountain. Nous ne pouvons pas nous permettre de dépenser 17 milliards de dollars pour un pipeline qui fait exploser notre budget carbone. Les choix sont clairs. Le gouvernement manque à ses obligations.